Assurance décennale du couvreur

Publié le 17/06/2026

La toiture est la première protection d'un bâtiment contre les intempéries. Un défaut de pose, une noue mal réalisée ou un solin insuffisant peuvent entraîner des infiltrations qui s'étendent silencieusement pendant des années avant d'être détectées. C'est pourquoi la garantie décennale est obligatoire pour tout couvreur.

La couverture est l'une des activités BTP où la sinistralité décennale est la plus marquée : les infiltrations progressent dans les murs et charpentes pendant des années avant d'être détectées, ce qui rend les sinistres particulièrement coûteux à réparer. La garantie décennale engage votre responsabilité sur la totalité des travaux réalisés, y compris les parties que vous avez sous-traitées. Ce que vous déclarez dans la nomenclature de votre contrat — couverture tuiles, ardoises, bacs acier, étanchéité liquide, zinguerie — détermine directement l'étendue de cette couverture.

Qu’est-ce que la garantie décennale pour un couvreur ?

La garantie décennale est une assurance de responsabilité civile professionnelle obligatoire, instaurée par la loi Spinetta du 4 janvier 1978. Elle engage la responsabilité du couvreur pendant 10 ans à compter de la réception des travaux pour tout dommage qui compromet la solidité de l'ouvrage ou rend le bâtiment impropre à sa destination.

Ces obligations sont détaillées à l'article 1792 du Code Civil, qui pose une présomption de responsabilité du constructeur : si un désordre de nature décennale survient, c'est au couvreur de prouver qu'il n'en est pas responsable, et non au client de prouver la faute.

Pour un couvreur, cette responsabilité est particulièrement engageante car les sinistres liés à la toiture sont souvent lents à se manifester. Une infiltration peut progresser pendant plusieurs années dans les murs et planchers avant d'être visible. Le point de départ des 10 ans reste la date de réception des travaux, quelle que soit la date de découverte du désordre.

La garantie décennale est-elle obligatoire pour un couvreur ?

Oui, sans exception. L'article R243-2 du Code des assurances impose de souscrire avant l'ouverture du premier chantier, quel que soit le statut : SARL, SAS, entreprise individuelle, micro-entrepreneur. L'attestation doit être fournie avant le démarrage des travaux et figurer sur chaque devis et facture.

Les sanctions en cas de défaut d'assurance sont prévues à l'article L243-3 du Code des assurances : jusqu'à 6 mois d'emprisonnement et 75 000 € d'amende. En cas de sinistre non couvert, vous devrez financer les réparations sur vos fonds propres.

Quels travaux sont couverts, et lesquels ne le sont pas ?

La décennale couvre les désordres qui compromettent la solidité ou l'habitabilité de l'ouvrage. Pour un couvreur, les sinistres les plus fréquents sont les infiltrations par défaut d'étanchéité à la toiture (tuiles mal posées, noues défaillantes, solins insuffisants), les désordres sur la charpente causés par des infiltrations prolongées, les malfaçons sur toiture-terrasse entraînant des remontées d'eau, et les glissements ou décollements de matériaux compromettant l'étanchéité.

En revanche, la décennale ne couvre pas les dommages causés par des événements climatiques exceptionnels (tempête, grêle, neige abondante) : ces risques relèvent de l'assurance habitation ou multirisques du propriétaire. L'usure normale des matériaux (joints vieillis, lichens) et les dommages purement esthétiques sont également exclus.

Un point souvent méconnu sur les travaux partiels : si vous intervenez pour remplacer quelques tuiles sur une toiture ancienne sans en assumer la réfection complète, votre responsabilité se limite à la partie sur laquelle vous êtes intervenu. Il est essentiel de délimiter précisément votre périmètre d'intervention par écrit dans le devis.

Combien coûte une assurance décennale couvreur ?

La couverture est une activité à sinistralité élevée en raison de la fréquence des désordres liés aux infiltrations. À titre indicatif :

  • Micro-entrepreneur, débutant : à partir de 1 400-1 800 €/an
  • SARL, CA inférieur à 200 000 € : entre 2 000 € et 3 200 €/an
  • SARL, CA entre 200 000 € et 400 000 € : entre 3 200 € et 5 000 €/an

Déclarez votre chiffre d'affaires réel. La règle proportionnelle s'applique en cas de sous-déclaration : un CA déclaré deux fois trop bas peut réduire l'indemnisation de moitié. Ce risque est particulièrement élevé pour les couvreurs dont l'activité fluctue selon les saisons.

Quelles sont les principales compagnies qui assurent les couvreurs ?

Voici les principaux contrats d'assurance décennale pour un couvreur disponibles en ligne :

CompagnieProfil adaptéCe qu'on noteOù trouver ce contrat
April (PROBAT)Tous profils BTP, couverture tuiles/ardoises/bacs acier, débutants acceptés sous conditions. Devis en ligne jusqu'à 2 M€ de CA, au-delà sur devis personnaliséPlafonds de garantie élevés, souscription 100% digitale, attestation immédiate avec QR code. Inclut RC exploitation, dommages intermédiaires et défense recours.Sur april.fr, chez certains courtiers (Coover…)
+Simple (BATIPRO / QBE)Artisans et TPE couvreurs, débutants acceptés sous conditions (expérience prouvée exigée). Devis en ligne jusqu'à 500 000 € de CA, au-delà sur devis personnaliséDevis en moins de 2 minutes, dossier validé sous 2h, attestation dès signature. Tarifs compétitifs sur les activités de couverture traditionnelle.Sur +simple.io, chez certains courtiers (Coover…)
MIC Insurance (CONSTRUCT'OR-SÉRÉNITÉ) via KobaltPME BTP, couverture et étanchéité, France métropolitaine et DOMContrat complet : RC décennale, RC sous-traitant, garantie biennale, protection juridique (Groupama).Chez certains courtiers (Coover, Assurant, Cabpro…)
Solly Azar (MULTIBAT / QBE)Entreprises de couverture établies recherchant une couverture multi-risques intégréeSolution complète : dommages à l'ouvrage en cours de travaux + RC générale + RC décennale dans un seul contrat.Chez certains courtiers (Coover, Assurant, Cabpro…)
Entoria (BATI SOLUTION / WAKAM)Artisans couvreurs et zingueurs, France métropolitaine. Couverture explicitement couverte dans la nomenclatureRC générale avant/après réception + RC décennale obligatoire + RC connexe. Adapté aux artisans comme aux PME BTP.Chez certains courtiers (Coover, Assurant, Cabpro…)

Ce que vous devez vérifier quel que soit l'assureur : que la nomenclature correspond à vos matériaux réels. Un contrat mentionnant uniquement « couverture tuiles » peut créer des difficultés si vous posez aussi des bacs acier ou réalisez de l'étanchéité liquide.

Je pose aussi l’isolation en toiture ou de l’étanchéité liquide : dois-je déclarer ces activités ?

Oui, impérativement. Beaucoup de couvreurs réalisent également l'isolation en combles ou sous toiture, ou posent des membranes d'étanchéité liquide sur toitures-terrasses. Ces activités sont distinctes dans la nomenclature de votre contrat décennale et doivent être déclarées séparément.

Si vous réalisez des travaux d'isolation ou d'étanchéité sans les avoir déclarés, votre assureur peut refuser de garantir un sinistre survenu sur ces parties spécifiques. Un défaut d'étanchéité liquide sur une terrasse n'est pas couvert par un contrat mentionnant uniquement « couverture tuiles/ardoises ».

Même logique pour la zinguerie : gouttières, chéneaux, noues, abergements et solins constituent une activité à part entière dans certains contrats. Vérifiez que votre contrat couvre bien l'ensemble de vos interventions, et demandez un avenant si vous ajoutez une activité en cours de contrat.

J’ai sous-traité une partie du chantier : qui est responsable ?

Vous, vis-à-vis de votre client. Le titulaire du marché reste seul responsable envers le maître d'ouvrage, quelle que soit la répartition du travail. Si votre sous-traitant a mal réalisé un raccord ou une noue, c'est votre décennale qui est actionnée en premier.

Exigez toujours l'attestation décennale du sous-traitant avant tout début de travaux, et déclarez la part sous-traitée à votre assureur. Pour les chantiers complexes (toitures-terrasses accessibles, toitures végétalisées), demandez une attestation nominative de chantier précisant l'adresse exacte du chantier couvert.

Comment faire jouer la garantie décennale couverture ?

C'est votre client qui actionne la garantie en vous signalant un désordre dans les 10 ans suivant la réception. Vous déclarez le sinistre à votre assureur dans les 5 jours. Un expert est mandaté, puis l'assureur propose une indemnisation.

Un point sur la franchise : elle n'est pas opposable à votre client, qui sera indemnisé en totalité. C'est votre assureur qui vous la réclamera ensuite.

Si votre client dispose d'une assurance dommages-ouvrage, la procédure est plus rapide : son assureur l'indemnise directement, puis se retourne contre votre décennale.

La décennale reste-t-elle valide si mon entreprise ferme ?

Oui. La décennale couvre les chantiers réalisés pendant la période d'assurance, pendant 10 ans après la réception, même si votre entreprise est liquidée. Ce mécanisme fonctionne parce que la décennale est gérée en capitalisation.

Conservez impérativement toutes vos attestations d'assurance après résiliation ou cessation d'activité : c'est l'attestation de l'époque des travaux qui détermine l'assureur compétent en cas de sinistre. Si votre assureur décennale est lui-même placé en liquidation, le FGAO peut prendre le relais.

Questions fréquentes sur l’assurance décennale du couvreur

La décennale couvre-t-elle les dommages causés par une tempête survenue après la réception ?

Non. Les dommages causés par des événements climatiques exceptionnels (tempête, grêle) relèvent de l'assurance multirisques habitation du propriétaire. En revanche, si la toiture n'a pas résisté à des vents normaux pour la région et que la cause est un défaut de pose, votre décennale peut être engagée.

Je remplace uniquement quelques tuiles sur une vieille toiture : la décennale s'applique-t-elle ?

Oui. Toute intervention sur un élément de couverture vous engage sur la partie rénovée pendant 10 ans. Délimitez précisément par écrit dans votre devis la zone sur laquelle vous intervenez, pour éviter d'être tenu responsable de désordres préexistants sur les parties que vous n'avez pas touchées.

Mon client n'a pas souscrit d'assurance dommages-ouvrage : cela change-t-il quelque chose pour moi ?

Non pour votre responsabilité. Votre décennale fonctionne indépendamment de la dommages-ouvrage du maître d'ouvrage. L'absence de DO ralentit simplement les délais d'indemnisation de votre client, qui devra attendre l'expertise contradictoire plutôt que d'être préfinancé par son propre assureur.