Assurance décennale de l'architecte d'intérieur

Publié le 19/06/2026

Vous exercez comme architecte d'intérieur et vous vous demandez si la garantie décennale vous concerne ? La réponse dépend directement de la nature de vos missions. Un architecte d'intérieur qui ne fait que du conseil esthétique ou de la décoration n'est pas soumis à la décennale. En revanche, dès que vous coordonnez des travaux structurels, intervenez comme maître d'oeuvre ou prescrivez des éléments intégrés à la structure du bâtiment, la décennale devient obligatoire.

Contrairement à l'architecte HMONP inscrit à l'Ordre, l'architecte d'intérieur n'est pas soumis à une obligation réglementaire de s'assurer en décennale. Mais cela ne signifie pas qu'il en est exempt. Voici comment déterminer votre situation et choisir le contrat adapté.

Qu’est-ce que la garantie décennale pour un architecte d’intérieur ?

L'architecte d'intérieur n'est pas réglementé par l'Ordre des Architectes. Il exerce sous différents statuts (profession libérale, artisan, SARL) sans obligation légale de décennale spécifique à son titre. Sa situation vis-à-vis de la décennale est donc déterminée par ce qu'il fait concrètement, pas par ce qu'il est.

Le critère décisif est celui de l'article 1792 du Code civil : est-il un « constructeur » ? Un architecte d'intérieur devient constructeur au sens de la loi lorsqu'il est lié au maître d'ouvrage par un contrat de louage d'ouvrage portant sur la réalisation de travaux de construction, ou lorsqu'il dirige l'exécution de tels travaux. Dans ce cas, la décennale est obligatoire et les sanctions du Code des assurances s'appliquent.

En pratique, la majorité des architectes d'intérieur qui travaillent sur des rénovations importantes (création de cloisons, modification de planchers, coordination de lots plomberie-électricité-menuiserie) exercent des missions qui les placent dans la catégorie des constructeurs.

Ce que couvre la décennale de l’architecte d’intérieur

Lorsque la décennale s'applique, elle couvre les dommages imputables à la mission de l'architecte d'intérieur qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination dans les 10 ans suivant la réception.

Les sinistres les plus fréquents dans cette profession concernent les problèmes d'étanchéité liés à une salle de bains réaménagée (carrelage, bac à douche, étanchéité sous carrelage), les défauts de structure suite à la suppression d'une cloison porteuse sans étude préalable, les désordres liés à une installation électrique ou de plomberie encastrée mal conçue, et l'affaissement ou la déformation d'un plancher rénové dont la structure a été modifiée.

En revanche, la décennale ne couvre pas les défauts purement esthétiques (couleur qui vire, peinture qui s'écaille en surface, mobilier défectueux), les dommages liés à un mauvais entretien par le client, ni les préjudices financiers issus d'un dépassement de budget ou d'un retard de chantier. Ces éléments relèvent de la RC professionnelle.

Tarifs de l’assurance décennale pour un architecte d’intérieur

Le coût varie selon la nature des missions exercées. Un architecte d'intérieur qui n'assure que du conseil et de la décoration souscrira une RC professionnelle seule, sans décennale. Dès qu'il intègre une mission de coordination de travaux ou de maîtrise d'oeuvre, une décennale est nécessaire.

ProfilFourchette indicative
Indépendant, missions conseil / décoration uniquement (RC pro seule)400 – 900 €/an
Indépendant avec coordination de travaux (RC pro + décennale)1 000 – 2 500 €/an
Cabinet avec maîtrise d'oeuvre et direction de chantier2 500 – 6 000 €/an

Ces fourchettes sont indicatives pour un chiffre d'affaires inférieur à 300 000 € HT. Le montant définitif dépend du type de chantiers traités (logement, commerce, hôtellerie), du volume de travaux supervisés et des antécédents de sinistres. Un architecte d'intérieur qui travaille principalement sur de l'hôtellerie ou des ERP présentera un profil de risque plus élevé.

Quelles sont les principales compagnies qui assurent les architectes d’intérieur ?

Voici les principaux contrats d'assurance pour les architectes d'intérieur, disponibles selon la nature de leur activité :

CompagnieProfil adaptéCe qu'on noteOù trouver ce contrat
HiscoxProfessions libérales du design et de la création, architectes d'intérieur, décorateurs. Souscription en ligne.Spécialiste des professions créatives. RC pro incluse, extension décennale disponible selon les missions déclarées. Gestion de sinistres dédiée.Sur hiscox.fr, chez certains courtiers (Coover…)
MMA (Covéa)Architectes d'intérieur libéraux et petites structures, France métropolitaine.RC professionnelle avec option décennale pour les missions incluant coordination de travaux. Tarifs compétitifs pour les petites structures.Sur mma.fr, chez certains courtiers (Coover…)
April ProProfessionnels libéraux en création ou établis, débutants acceptés. Devis en ligne.Souscription digitale rapide. RC pro + décennale adaptée aux missions de maîtrise d'oeuvre intérieure. Attestation disponible le jour même.Sur april.fr, chez certains courtiers (Coover…)
MIC Insurance (CONSTRUCT'OR-SÉRÉNITÉ) via KobaltProfessionnels du cadre bâti intervenant sur des chantiers de rénovation avec travaux structurels.Contrat complet : RC décennale, RC sous-traitant, garantie biennale, protection juridique (Groupama). Adapté si l'architecte d'intérieur agit en maître d'oeuvre.Chez certains courtiers (Coover, Assurant, Cabpro…)
Entoria (BATI SOLUTION / WAKAM)Professionnels du second oeuvre et de l'aménagement intérieur, France métropolitaine.RC générale avant/après réception + RC décennale. Adapté aux profils mixtes (conseil + coordination de travaux).Chez certains courtiers (Coover, Assurant, Cabpro…)

Décoration, aménagement, travaux structurels : quand la décennale s’impose vraiment à l’architecte d’intérieur ?

La frontière entre les missions qui déclenchent la décennale et celles qui n'y sont pas soumises est déterminée par un seul critère : les travaux réalisés ou supervisés sont-ils intégrés à la structure du bâtiment ?

Ne nécessitent pas de décennale : le conseil en décoration (choix des couleurs, des matériaux non structurels, du mobilier), la conception de plans d'aménagement sans suivi d'exécution, la coordination de prestations purement esthétiques (peinture, revêtements souples, éclairage décoratif sur rail), et la sélection et la fourniture de mobilier sur mesure non fixé à la structure.

Nécessitent une décennale : la direction de travaux impliquant la création ou la suppression de cloisons (y compris non porteuses), la coordination de lots plomberie ou électricité avec encastrement, la conception et le suivi de travaux de carrelage sur chape, la maîtrise d'oeuvre de travaux de rénovation globale, et la prescription de systèmes d'étanchéité dans des pièces humides.

En pratique, de nombreux architectes d'intérieur exercent un mélange des deux types de missions sur un même chantier. Il est conseillé de souscrire une RC pro avec extension décennale dès lors que vous intervenez ponctuellement sur des éléments intégrés au bâti.

Comment déclarer un sinistre en garantie décennale ?

En cas de sinistre, votre client vous notifie les désordres par courrier recommandé avec accusé de réception. Vous disposez de 5 jours ouvrés pour déclarer le sinistre à votre assureur en précisant la nature des travaux concernés, votre rôle exact sur ce chantier et les documents disponibles (études, plans, comptes-rendus).

L'assureur désigne un expert pour évaluer l'origine des désordres et déterminer les responsabilités entre les différents intervenants. Si votre responsabilité est retenue, votre assureur prend en charge les réparations déduction faite de votre franchise. Cette franchise reste à votre charge et ne peut être répercutée sur le client.

La garantie décennale reste valide même si votre activité cesse

La décennale couvre tous les chantiers réalisés pendant la période de validité du contrat, pendant 10 ans après la réception. Vos anciens clients peuvent actionner la garantie même si vous avez cessé votre activité, quelle qu'en soit la cause.

En revanche, les chantiers menés sans contrat en cours de validité ne sont pas couverts, d'où l'importance de maintenir l'assurance à jour pour chaque mission et de conserver toutes vos attestations après la cessation d'activité.

Questions fréquentes – assurance décennale de l’architecte d’intérieur

Un architecte d'intérieur qui fait uniquement de la décoration doit-il souscrire une décennale ?

Non, si son activité se limite au conseil esthétique, au choix des couleurs, au mobilier non fixé à la structure et aux revêtements non encastrés. Une RC professionnelle seule suffit dans ce cas. La décennale devient obligatoire dès que l'architecte d'intérieur supervise des travaux intégrés au bâti (plomberie encastrée, électricité intégrée, carrelage sur chape, cloisons).

Quelle est la différence entre un architecte HMONP et un architecte d'intérieur ?

L'architecte HMONP (Habilitation à la Maîtrise d'Oeuvre en son Nom Propre) est inscrit à l'Ordre des Architectes et peut signer des permis de construire pour des projets dépassant certains seuils. Il est légalement tenu de souscrire une RC pro + décennale. L'architecte d'intérieur n'est pas réglementé de la même façon : il n'est pas inscrit à l'Ordre et ne peut pas utiliser le titre protégé d'architecte. Son obligation de décennale est déterminée par ses missions concrètes, pas par son titre.

La décennale couvre-t-elle les dégâts des eaux dans une salle de bains rénovée ?

Cela dépend. Si l'architecte d'intérieur avait une mission incluant la conception et le suivi de l'étanchéité de la salle de bains, les défauts d'étanchéité encastrée qui provoquent des infiltrations vers les pièces voisines ou les planchers relèvent de la décennale. En revanche, un robinet qui fuit ou un joint de baignoire qui se décolle relèvent de la garantie biennale ou de l'entretien courant.